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Gilles"Il s’agirait ici de parler de la notion de passage : d’un espace à un autre, d’un état dans un autre – lieu de modification et de transformation – d’une brèche, une ouverture, une porte pour appréhender de nouveaux territoires ou modes de perception.

Cette réflexion inscrite dans le bois, dans le bronze est une mise en perspective, une mise en mouvement.

Volume, architecture, géométrie ; recherche d’une tension des courbes, il est avant tout question pour moi d’une rencontre."


Article la provence 03-01-08
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 La porte du désert


Les déserts sont nombreux sur la terre. La désertification augmente, l’atmosphère se réchauffe. Le principal acteur ? L’homme, comment en douter. Les Européens habitués à leur confort bien tempéré prendront peut-être conscience du danger lorsque le Sahara viendra s’installer à leur porte. Après avoir grignoté les marges steppiques de l’Afrique du Nord. Ici la sculpture pose la double question du sens du passage. Entre-t-on dans le désert ou en sort-on ? Suivant le sens de la marche ou de la démarche, le passage de la porte n’aura pas les mêmes conséquences. Au-delà le sens « politique » de l’œuvre, La porte du désert est éminemment métaphorique. La sortie d’une ville moyen-orientale se fait souvent pas une porte…et peut conduire au désert. Le désert est le lieu de l’isolement profond, de la solitude méditative, de la longue marche initiatique. C’est aussi le tropisme vers lequel l’eau devient précieuse car rare. Si l’on passe la porte pour entrer dans la ville, c’est le retour aux habitudes, aux bruits, à la turbulence urbaine. L’œuvre d’art dégage cette puissance de mettre en branle nos sens et de nous conduire grâce à l’imaginaire vers une réflexion plus dense. En cela elle est force de vie car elle nous sauve de l’égarement, d’une tendance naturelle à l’oubli. Oubli que cette vie, comme l’œuvre sculptée, fut-elle de bronze, n’en n’est pas moins une œuvre fragile à préserver de toutes ses forces…et à partager. L’œuvre est alors en elle-même une porte qui nous ouvre d’autres portes dont chaque verrous sont solidement tenus clos par nos peurs ataviques. A chacun de faire sauter ces verrous : regarder l’œuvre dans toute sa fraîcheur est déjà un premier pas



 Nataraja


Nataraja ne peut se laisser réduire à une seule vision. Car le propre de la vision est d’être plurielle, en ce qu’elle dépend de chacun. Une vision « unique » serait la vision totalitaire. Pas plus que la vision, l’art ne se laisse asservir par une lecture univoque. Sa richesse de vie puise beaucoup dans son pouvoir tellurique d’évocation. Des images naissent abondantes, spontanément en nos esprits. Elles divergent. On les échange. Rien n’est commun. Nataraja convoque cette diversité de regards, de cultures, d’approches. Œuvre de naissance, elle est aussi tendue vers une spiritualité féconde. Comme dans d’autres sculptures de Gilles, les mains jouent un rôle de catalyseur d’énergie. Tendues vers le ciel, elles recueillent plutôt que d’implorer. Tout l’être s’anime à partir de cette « main en acte ». Une main qui unit les corps, les fait se rejoindre, se rapprocher. La main donne à l’œuvre sa vie, son poli, sa matité et son animalité. C’est par elle que le corps de la sculpture, énergique, émerge de l’oubli. Sans elle, l’œuvre ne verrait pas le jour ; seuls les matériaux qui la composent existeraient à l’état de matière – inerte. Là, le bronze en fusion a connu le trouble de la métamorphose. D’immobile qu’il est, le voilà profondément animé, interpellé, oscillant et troublant. Main comme lieu de passage, tout comme le visage – passage de l’émotion, de la vie, de l’échange. Source de plaisir. Nataraja est une œuvre qui se caresse, se ressent et s’imagine. L’œil seul ne peut permettre d’approcher cette sculpture tant il est (sur)chargé par la pesanteur d’une culture diffuse qui s’égare dans la convoitise des sens, plutôt que d’explorer l’essence de ce qui existe, par delà le perceptif, le visuel. En cela, Nataraja est une sculpture qui s’affranchit de la préhension par le visible pour nous conduire vers des invisibilités – une autre façon d’aborder le réel en acte.



 Paramnésie – ou le paradis de Gilles


Marcher dans une rue peut paraître anodin. Gens ordinaires, bruits de moteurs, de bouteilles, odeurs d’humidité rampante. Jour triste. Règne de la voiture anthropomorphisée,  de l’insulte gratuite, de l’agression aveugle. Gilles marche avec un désir. Difficile à saisir tant la « bête multiforme et polycéphale » selon Platon ronge son quotidien. Qui sont ces bruits ? Que sont ces hommes ? Désir paradoxal d’une répulsion qui attire. Avignon et son sinistre dimanche après-midi, avec le mistral qui s’engouffre dans les ruelles pavées, qui faisait pester Kérouac. Avignon dos au mur, dos à son Palais, coincée entre Rhône et Durance. La grande séductrice se prendrait bien pour Rome. Elle en a le talent. Elle vit bien de ses charmes.

Mais Gilles circule en regardant par delà l’évidence plastique de la ville. Il met en résonnance le chaos qu’il perçoit et tente de lui donner une forme. C’est d’abord sous ses mains qu’il travaille ce corps flottant qui n’est que douceur. Des mains hésitantes, pudiques, qui caressent la glèbe et la relie à l’imaginaire. C’est aussi le bois flotté qui est convoqué dans un corps à corps amoureux. Rien de plus doux qu’un amour silencieux qui naît d’une rencontre fortuite lors d’une marche sur une plage déserte. Personne. Puis soudain une forme. Un corps. Un corps inerte. Posé. Presque effacé. Gilles sait garder le silence devant le beau – se laisser approcher par le rien. Puis naissent de ses caresses des liens indéfectibles avec cette matière-amie, insaisissable mais qu’il tente d’approcher discrètement. D’extraire du néant de ce regard humain qui ne voit vraiment rien. Sauver cette beauté de l’écrasement promis. Gilles a pris conscience de la disparition promise de cet autre ; ni fleurs ni condoléances. Il se fout du « show must go on ». C’est Ici et Maintenant que la vie se joue. Se joue de nous – certes. Mais c’est aussi ici que le désir prégnant de vivre l’étreint. Plus le temps de le perdre en vaines discussions. Gilles se retire. Il se replie. Non pour se cacher au monde, s’enfermer, entrer dans la pénombre. Il se retire pour mieux entrer en résonnance avec tous ces bruits lointains qui s’agencent dans son imaginaire. Ces bruits prennent forme. Il existe une architecture du bruit comme il existe une architecture urbaine. L’édifice diffère. D’un côté l’architectonique tisse un lien avec les invisibilités – mais devient sonore, de l’autre, il y a ces fortifications, ces églises, ces temples.

Gilles écoute la voix de Deleuze qu’il sample a l’infini. Puis il y a cet air d’Ispahan avec le sourire désabusé de ce très vieil Adam. Le santour vibre, volette, tourbillonne autour de cet espace frappé de ce térébrant silence. Le son tend à pénétrer dans les tissus, dans chaque mots, chaque souffle. La méditation devient un vice solitaire :  « j’aime la transe…solitaire…oui… ». Se laisser absorber, observer, saisir par le son que l’on guète depuis si longtemps. Gilles attend. Il a préparé ce qu’on appelle « le bourdon », le support sur lequel viendront se poser mélodie et musique. Le bourdon, c’est un peu comme la grande messe qui précède la communion, l’état de grâce. Sorte d’appel vers le Tout. Subjugation. Envoûtement, ravissement « Au-delà de l’épaule de ma femme, je vis un cerf qui nageait en direction du phare ».
Puis Gilles plonge dans son Schimmel –
« je viens de le faire accorder glisse-t-il dans un sourire ». Et les voix de Deleuze qui martèle quelque aphorisme se mêlent à la météo marine qui annonce un vent d’intensité force 4, tempéré par les claquements de cordes du Oud. On a compris que Gilles été « ailleurs » - on peut alors rester, s’asseoir et écouter l’effacement plastique que cet univers sonore génère. Sorte de bain de jeunesse. On peu aussi prendre la porte et essayer de marcher les yeux fermés, en pensant au bois flottés ramassés non loin de ce paradis du petit rien. On peut aussi s’arrêter de penser, rester là, assis sur cette marche d’escalier, les yeux fermés sur le sombre humide. Autoriser son esprit à jeter du lest ; ne plus avoir peur de souffler. Se donner le temps de penser que si tout cela existe, nous est offert, ce n’est pas pour rien.

C’est en cela que les silences de Gilles, allument des feux, des paraboles argentées, dans lesquels les soupirs déracinés plongent dans une terre véritable. Celle des rires d’enfants.

Philippe Laroudie – Dimanche 28 octobre 2007



 Images sonores d'un non-voyant en Inde.


Etre non-voyant et plonger au coeur de l'Inde.
Une écriture sonore à la rencontre de la culture indienne. Mon projet est de réaliser un itinéraire ou carnet de route tout en sonorités pour mettre en perspectives l'étonnante richesse et diversité de ce pays en mouvement, aux contrastes
puissants. Capter et enregistrer, au rythme des lieux et des rencontres, l'activité sonore de sa population.
Le son, média d'informations et de communication :

Dans ce pays profondément marqué par la religion, je souhaite plus particulièrement axer ma démarche autour de l'expression de la ferveur des indiens, des différents modes et pratiques spirituelles, de leur rapport au sacré, de leur relation au divin. Temples, lieux saints, monastères, ashrams, . Me mettre à l'écoute, en tant qu'observateur et témoin, de cette dimention et de sa réalité. Enfin, raconter et relater les perceptions et le ressenti d'un européen non-voyant dans l'Inde d'aujourd'hui, entre tradition et modernité.
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Moyens techniques :

enregistrement prise de son,
utilisation de mon propre matériel l'enregistreur numérique Plextalk ptr2, entièrement adapté aux personnes non-voyantes.



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